Jeunes, maintenance et circularité : comment une escape room écrit la suite de Repair Teens
Comment enthousiasmer des jeunes de 12 à 14 ans pour la maintenance, la réparation et l’économie circulaire ? Avec le projet Repair Teens, la Haute École VIVES et ses partenaires, dont la BEMAS, ont déjà fait un grand pas dans cette direction. Les jeunes y ont appris, en mettant concrètement la main à la pâte, à bricoler, réparer et à réfléchir à l’allongement de la durée de vie des produits et à la durabilité.
Dans un projet de suivi, les partenaires ont poursuivi cette démarche avec quelque chose qui correspond parfaitement à cette génération : une escape room circulaire. Maintenant que le projet est terminé, c’est le bon moment pour prendre du recul : quel était l’objectif, que s’est-il exactement passé, quels en sont les résultats et quel rôle BEMAS a-t-elle joué ?
De Repair Teens à l’escape room circulaire
Repair Teens repose sur une idée simple mais puissante : lorsque les jeunes expérimentent eux-mêmes comment entretenir et réparer des objets, la circularité devient concrète, tangible et amusante. Dans les écoles et les organisations, ils ont travaillé avec de vrais appareils, des outils et des cas pratiques. Ils ont découvert que la maintenance et la réparation ne sont pas des “tâches de fond” ennuyeuses, mais qu’elles jouent un rôle clé dans la sécurité, la fiabilité et la durabilité.
Dans le nouveau projet, cette expérience a été traduite en un concept d’escape room. Au lieu d’exercices isolés, les jeunes entrent dans une histoire : ils sont mis au défi de résoudre des énigmes en équipe, de faire preuve de créativité avec des matériaux réutilisés et de s’attaquer à des problèmes techniques. En chemin, des thèmes comme la maintenance, l’allongement de la durée de vie, les flux de matériaux et la consommation d’énergie apparaissent de manière naturelle. L’escape room circulaire est ainsi une prolongation logique de Repair Teens : le même contenu et les mêmes valeurs, mais emballés dans une expérience ludique et immersive qui parle fortement aux jeunes.
Repair Teens est une collaboration entre la Techniekacademie, la Haute École VIVES et les partenaires de projet BEMAS asbl, POM, Repair&Share (connu pour les Repair Cafés) ainsi qu’un groupe de partenaires industriels. L’objectif de Repair Teens est de donner envie aux jeunes de 12 à 14 ans de s’intéresser à la maintenance et aux STEM et de leur montrer comment, grâce à la maintenance, ils peuvent eux-mêmes avoir un impact positif et contribuer à un monde plus durable.
Repair Teens a été réalisé avec le soutien actif de l’Agence flamande pour l’Innovation et l’Entrepreneuriat (VLAIO).
Que s’est-il passé en pratique ?
Pendant toute la durée du projet, le concept d’escape room a été testé à travers trois trajectoires pilotes, chacune dans un contexte différent.
À la Haute École VIVES, des jeunes ont travaillé avec la commune de Wevelgem à la création de leur propre escape game. Ils ont commencé par jouer et analyser une escape room existante, Food Factory, à la Maison de l’Alimentation (Huis van de Voeding). Ils ont ainsi découvert quels types d’énigmes fonctionnent, comment construire une tension narrative et quels matériaux peuvent être utilisés. Ensuite, ils ont conçu pas à pas leur propre parcours circulaire, rempli de devinettes et de défis. Ce parcours s’est terminé par une épreuve finale : une grande cage à oiseaux remplie de cadeaux, fermée par un code chiffré qui ne pouvait être trouvé que si toutes les énigmes précédentes avaient été correctement résolues. Le jeu montrait clairement que, en réfléchissant ensemble, en utilisant intelligemment les matériaux et en persévérant, on peut littéralement « ouvrir de nouvelles possibilités ».
À PXL, des jeunes ont participé à un trajet de trois jours, où la collaboration et l’inclusion étaient au centre. L’un des participants était totalement aveugle. Cela demandait une attention particulière à la manière dont les énigmes étaient construites. Le groupe a cherché ensemble des missions qui pouvaient aussi être résolues par l’ouïe, le toucher ou la coopération. Au lieu d’être une limitation, cela est devenu une source de créativité : les jeunes devaient réfléchir à différentes façons de présenter l’information et de répartir les rôles.
À Thomas More, vingt élèves de cinquième et sixième primaire ont pris part au projet. Le groupe était très divers sur le plan du contenu et sur le plan social, ce qui rendait le trajet plus complexe. Il s’est avéré difficile d’arriver, avec ce groupe, à une escape room complètement finalisée. Pourtant, il ne s’agit pas d’un échec, mais d’un moment d’apprentissage important. Les partenaires ont pu constater concrètement à quel point le niveau d’encadrement peut varier selon le public cible et l’âge, de combien de structure certains groupes ont besoin et quels soutiens supplémentaires sont nécessaires lorsqu’on travaille avec des outils, de la technique et des notions abstraites comme la circularité.
Enseignements et résultats du projet
Les pilotes et le travail du comité de pilotage font apparaître clairement ce qui est nécessaire pour réussir une escape room circulaire avec des jeunes.
Un premier constat est que les compétences techniques de base et la sécurité doivent être intégrées explicitement. Les jeunes n’ont pas automatiquement de l’expérience avec le perçage, le sciage, le vissage ou l’utilisation sûre d’outils. Une introduction claire, avec démonstrations, consignes de sécurité et moments d’exercices simples, n’est donc pas un luxe, mais une partie essentielle du concept.
Une deuxième leçon concerne l’inclusion et l’accessibilité. L’escape room ne fonctionne vraiment que si tout le monde peut participer, quel que soit son degré de vision, sa maîtrise de la langue, ses capacités motrices ou ses connaissances préalables. Cela signifie que les énigmes doivent être accessibles de différentes manières, et que les rôles au sein de l’équipe doivent être répartis de façon judicieuse. Le trajet réalisé à PXL l’a démontré de manière très concrète.
Les pilotes confirment également l’importance de rendre la circularité tangible. En travaillant littéralement avec leurs mains — réutiliser des pièces, choisir des matériaux, réfléchir à ce que l’on répare ou remplace — les jeunes expérimentent directement ce que signifie éviter le gaspillage et prolonger la durée de vie. L’escape room devient ainsi un récit sur la durabilité, mais sans moraliser : le jeu embarque naturellement les jeunes.
Enfin, il est apparu qu’il existait un besoin clair d’un plan prêt à l’emploi pour les enseignants, les animateurs jeunesse et les entreprises qui souhaitent utiliser ce concept. Tout le monde n’a pas le temps ni l’expérience pour créer une escape room à partir de zéro. C’est pourquoi les partenaires ont développé une blueprint comprenant un scénario détaillé, des exemples d’énigmes, des conseils pratiques, des points d’attention concernant la sécurité et l’inclusion, ainsi que des exemples concrets issus des projets pilotes. Ce matériel aide les organisations à concevoir plus rapidement et avec plus de confiance leur propre version.
Le rôle de la BEMAS dans le projet
La BEMAS était déjà l’un des partenaires clés de Repair Teens et a encore renforcé ce rôle dans ce projet de suivi. En tant qu’association belge pour la maintenance et la gestion d’actifs (asset management), BEMAS relie le monde de l’enseignement, des jeunes et de la circularité à la réalité des entreprises industrielles.
Au sein du comité de pilotage et dans l’élaboration de l’escape room, la BEMAS a apporté des exemples, témoignages et problématiques issus de la pratique de la maintenance et de l’asset management. Ainsi, des thèmes comme les coûts d’arrêt, la fiabilité, la maintenance préventive, les pièces de rechange et l’allongement de la durée de vie sont abordés de manière explicite dans les énigmes et les scénarios. Les jeunes obtiennent ainsi un aperçu concret des défis auxquels les maintenance et asset managers sont confrontés chaque jour.
Par ailleurs, la BEMAS utilise les enseignements d’autres projets sur la maintenance circulaire et sur les pratiques durables de gestion d’actifs pour renforcer le contenu du concept d’escape room. L’escape room ne montre pas seulement que réparer est préférable à jeter, mais fait aussi le lien avec une utilisation plus efficace des ressources, de l’énergie et des matières premières, telle qu’elle est mise en œuvre dans l’industrie.
Une troisième contribution importante réside dans la diffusion et l’ancrage des résultats du projet. Via le site web de la BEMAS, les newsletters, les projets et les réseaux, la blueprint et le rapport final sont partagés avec les professionnels de la maintenance et de l’asset management, les écoles et les organisations partenaires. De cette manière, l’escape room continue à vivre après la fin du projet, en tant qu’outil supplémentaire dans les efforts plus larges de la BEMAS pour inspirer les jeunes à faire carrière dans la maintenance, la fiabilité (reliability) et l’asset management.
Et maintenant, quelle suite ?
Même si le projet autour de l’escape room circulaire est officiellement terminé, l’histoire est loin d’être close. La blueprint élaborée et les expériences accumulées constituent une base solide pour de nouvelles initiatives. Les écoles et hautes écoles peuvent utiliser ce matériel pour construire leur propre escape room ou adapter une version existante à leur contexte. Les entreprises, organisations de jeunesse et Repair Cafés peuvent s’appuyer sur ce concept lors de visites d’entreprise, journées portes ouvertes ou stages pour jeunes, comme une manière accessible d’ouvrir les portes vers la technique, la maintenance et la circularité.
Pour la BEMAS, ce projet s’inscrit parfaitement dans un mouvement plus large : amener les jeunes à découvrir que la maintenance et la réparation ne sont pas seulement cruciales pour une industrie performante, mais aussi pour une société circulaire et résiliente face à l’avenir. Si les jeunes en font l’expérience de manière ludique dans une escape room, il y a d’autant plus de chances qu’ils contribuent plus tard à résoudre les véritables enjeux de la maintenance et de l’asset management.