Hommage à la BEMAS
En 1219, ce digne représentant du Prince arpentant le plus grand chantier que Reims ait connu, s'arrêta auprès d'un homme accroupi devant un bloc de calcaire, un marteau dans une main, un burin dans l'autre, et lui demanda : que faites-vous là, mon brave ? Je construis une cathédrale, Monseigneur, répondit le tailleur de pierre.
En 2019, le président du conseil d'administration d'une entreprise industrielle visite une usine du groupe. En tête d'une ligne de production, un homme est attablé et relève sur son écran via l'internet des objets le profil vibratoire des paliers d'un compresseur de 50 kW. Que faites- vous là, mon ami, lui demande le visiteur ? Et le technicien de maintenance de répondre : Monsieur le Président, je mets en œuvre l'investissement décidé par votre conseil d'administration.
Ces deux saynètes, bien que caricaturales, montrent que les expressions culturelles caractéristiques de notre civilisation ont subi des mutations faramineuses ; notamment, l'emblématique "construction de cathédrales" de jadis a passé le relais aujourd'hui à la péremptoire "mise en œuvre d'investissement"
L'actualisation des activités humaines a donc en permanence l'obligation d'intégrer les connaissances, les façons de faire et aussi le vocabulaire du temps présent. La maintenance se doit de respecter l'injonction et d'en faire son profit.
En est-il réellement ainsi ? Oui, certainement pour ce qui est des connaissances et des méthodologies… et s'il fallait s'en convaincre, il suffirait de feuilleter les programmes ou de visiter les sites web des organismes de formation permanente en maintenance. Par contre, s'il s'agit du vocabulaire, le doute reste permis.
Dans tous les secteurs de l'activité économique, la maintenance est en effet, encore et trop souvent, considérée comme un service de prestations annexes, certes indispensable mais à géométrie variable et dont il convient de moduler les ambitions. La maintenance ne sera donc pas prise en compte dans le plan d'investissement de l'entreprise ; assimilée à un coût, elle sera seulement inscrite au budget annuel de fonctionnement, toujours sujet à discussion et par-là aux soubresauts de la conjoncture. En de trop nombreux endroits, la maintenance n'a dès lors pas encore acquis la totalité de ses lettres de noblesse.
Et pourtant, c'est à elle qu'il appartient de garantir à un système de production, jusqu'à son déclassement, non seulement la capacité de sa production mais aussi la fiabilité de son fonctionnement.
Si les fameux "coûts annuels de maintenance" ne représentent que quelques pour cent du capital investi dans l'acquisition de l'ensemble de production, leur cumul jusqu'à l'échéance de déclassement atteint, lui, des valeurs élevées qui approchent parfois, voire qui dépassent cet investissement. Dès lors, ne conviendrait-il pas de dénommer "post-investissement" la somme des coûts annuels de maintenance ?
Avec ce vocabulaire remis au goût du jour, la maintenance pourrait sans doute entrer en fanfare dans la cour des grands, celles des investisseurs, et voir ses besoins autant que ses mérites identifiés, avalisés et honorés par l'autorité souveraine de la société contemporaine : l'investisseur.
Soulever une pareille question c'est y répondre et c'est ce qu'a fait la science économique en introduisant dans ses méthodologies la "gestion des actifs de l'entreprise". Pour un ensemble de production donné, en fonction de la durée de son exploitation, de son cycle de vie, le calcul suivant est opéré :
[ Investissement ] - [ Amortissement ] + [ Post-investissement ]
Des logiciels professionnels effectuent ces calculs avec précision en introduisant des paramètres supplémentaires comme le taux d'intérêt et le taux d'inflation. Dans tous les cas, les résultats de ces calculs fournissent des informations de gestion inégalables et qui par ailleurs mettent en évidence la vraie grandeur de la maintenance.
Puisse ainsi le maintenancier, dans ses faits et gestes, s'inscrire dans la mise en œuvre du nouveau paradigme managérial: Planification du cycle de vie et gestion à terme des actifs
Ce message est latent dans toutes les activités de la BEMAS ; il l'est aussi dans les conférences, les workshops et toutes les conversations qui s'ensuivront durant cette journée inédite et exceptionnelle lors du BEMAS FORUM MAINTENANCE.
Que les instances d'organisation et d'animation de ce symposium professionnel soient chaleureusement remerciées d'avoir si bien rencontré les attentes des forces vives industrielles de la région.
Et que les participant/es à cet évènement soient vivement félicité/es de prendre part activement à la génération continue de l'efficacité et de l'excellence.
Que le succès soit leur compagnon de route !
Robert Leenaerts
Professeur ordinaire émérite
Fondateur de la BEMAS